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Le Crépuscule du Che avec Olivier Sitruk et Jacques Frantz au Petit Montparnasse par Angélique Lagarde

Posté par angelique lagarde le 29 juillet 2010

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Le Crépuscule du Che © Manuel Pascual

Le Crépuscule du Che
De José Pablo Feinmann
Traduction et adaptation de Marion Loran
Mise en scène, scénographie et lumière de Gérard Gelas

Avec Olivier Sitruk, Jacques Frantz, Guillaume Lanson, Laure Valles et François Santucci.
Au Petit Montparnasse ( Création au Théâtre du Chêne Noir-Avignon 2010) du mardi au samedi à 19h, dimanche à 15h

5 x 2 invitations à gagner du mercredi 23 au samedi 26 février à 19h et dimanche 27 février à 15h sur simple réservation à contact@kourandart.com. Valable dans la limite des places disponibles ! Merci de vous munir de l’article imprimé le jour de la représentation.

Le  fabuleux procès du Che : héros romantique ou justicier barbare ?

Ernesto Che  Guevara, un nom qui sonne comme un appel au combat pour la liberté… Quel héritage a-t-il laissé aux générations à venir ? Comment ce révolutionnaire aux méthodes barbares a-t-il acquis sa place d’icône ? Mérite-t-il ce statut ? Quelles furent ses dernières pensées cette fameuse nuit d’octobre 1967 ? Que faisait-il en Bolivie ? Ce sont autant de questions que pose intelligemment le texte de José Pablo Feinmann. La mise en scène de Gérard Gelas donne corps au débat par l’intermédiaire de deux excellents comédiens : Olivier Sitruk et Jacques Frantz.

Nombre de biographies d’Ernesto Che Guevara ont été adaptées sous différentes formes, littéraires, théâtrales ou encore cinématographiques. Le caractère inédit du texte de José Pablo Feinmann est de se concentrer sur les dernières heures du « Commandante » afin de poser clairement à l’homme mystifié les interrogations que soulève son héritage. Magie de l’œuvre dramatique, les questions prennent voix par l’intermédiaire d’un journaliste contemporain propulsé cette nuit-là dans la petite école du village La Higuera en Bolivie. Andrès Cabreira a reçu une bourse de la Fondation Guggenheim pour enquêter sur cette fameuse nuit du 8 au 9 octobre 1967. Il va tenter de comprendre non seulement pourquoi Guevara a choisi la Bolivie pour reprendre son combat, mais aussi, et surtout, qui était véritablement celui qu’a figé à jamais la photo d’Alberto Korda (photographe officiel de Fidel Castro pour le journal Revolución), qui était cette figure arborée aujourd’hui telle une icône, des banderoles de militants aux tee-shirts de lycéens.

La mise en scène de Gérard Gelas propose une véritable joute verbale entre Olivier Sitruk, le Che, et Jacques Frantz, son interlocuteur démultiplié en trois personnages, Andrès Cabreira, Matthew, journaliste au New York Times et Fidel Castro. Un décor simple et une parfaite maîtrise de la lumière nous plonge immédiatement dans cette atmosphère à la fois inquiétante et intime, plaçant le spectateur comme un témoin privilégie de cette incroyable rencontre. La trame spectaculaire repose sur ce dialogue imaginaire, à priori délicat puisque Guevara prône l’action tandis que le journaliste tente de lui faire entendre que « la révolution est patience ». Le sujet de son enquête est véritablement de saisir toute la complexité du personnage pour ce qu’il fut en son temps et pour l’héritage qu’il a laissé aux jeunes générations… Toute la finesse du texte de José Pablo Feinmann est de ne pas porter de jugement, mais de tenter de percevoir qui était cet homme, monstre sanguinaire pour les uns, martyre de la liberté pour les autres.

L’histoire personnelle du personnage d’Andrès Cabreira explique la virulence de ses premiers propos. Il avait huit ans cette nuit-là, il n’a donc pas directement vécu l’influence du Che. En revanche, il avait un frère, Pablo, né en 1952, qui a fait des études d’avocat pour s’engager dans la lutte armée au Mexique et aujourd’hui a disparu. Cet aspect « sentimental » est très habile puisqu’il permet ainsi de légitimer ce procès fait au mythe qui lui vaudra d’ailleurs la très belle et significative réponse du Che : « vous êtes persuadé que mon ombre vous a enlevé votre frère ».

Ce qui est principalement remis en cause c’est la violence du combat, l’aspect sacrificiel de la lutte et cet engrenage du sang qui appelle le sang. L’exemple effroyable du tribunal révolutionnaire dont Guevara était procureur après la chute de Batista , illustre cette idée. Il a fait exécuter nombre de policiers et militaires aux ordres du dictateur mais, ce qui fit polémique, le couperet est peut-être aussi tombé sur un certain nombre d’innocents, et ça encore aujourd’hui, l’Histoire ne le sait pas… Cabreira lui rappelle qu’aux Etats-Unis, on le surnommait le boucher, c’est là, sans mauvais jeu de mots, que l’interrogatoire se fait plus tranchant, que l’on entre dans le vif du sujet. Le Che de répondre qu’« un peuple sans haine ne peut triompher d’un ennemi sauvage ». Au journaliste d’invoquer Kant et sa conception de la violence «  comme un moyen et non comme une fin. ». Ce n’est ici qu’un exemple extrait de cette fabuleuse joute verbale entre les deux hommes qui illustre la ténacité de chacun et toute la complexité du propos.

L’auteur, José Pablo Feinmann, n’a pu que présupposer les réponses d’Ernesto Che Guevara en fonction de sa connaissance certes conséquente de sa vie, mais les questions sont incroyablement pertinentes. Bien plus qu’une biographie, parmi tant d’autres, c’est un portrait de l’homme qu’il tente de dresser. Nous sommes partagés entre des sentiments forts et opposés : ses intentions sont justes, son cœur bon, mais cette violence exacerbée a pris des ampleurs de plus en plus grandes et cette notion de sacrifice des uns pour le bien des autres est difficilement acceptable. Sa lutte est de l’ordre de la passion au sens christique du terme, mais le Che rappelle avec justesse qu’ « il ne faut pas considérer les nouvelles générations comme des marionnettes » et qu’il appartient à chacun de dessiner son chemin vers la liberté. Et Andrès Cabreira de conclure : « L’utopie existe parce que l’utopie c’est vous (…). L’avenir existe parce que vos yeux l’ont prédit (…). S’il reste quelque chose, c’est votre regard ». Oui, en dépit de toutes ces interrogations, il a atteint le rang de mythe, et la photo d’Alberto Korda a figé le regard de l’icône qui continuera à guider des générations de défenseurs de la liberté.

On se souvient de Gael García Bernal qui incarna la jeunesse du Che, et encore plus récemment de Benicio del Toro qui illustra à la perfection la maturité du « Commandante ». Les adaptations de sa vie ont le mérite de mettre en scène des comédiens rivalisant de séduction et Olivier Sitruk, le visage émacié et le regard profond, ne fait pas défaut à la légende. On regretterait simplement un jeu par moments un peu trop en force qui perd paradoxalement en conviction. Face à lui, l’incroyable Jacques Frantz campe tour à tour, Andrès Cabreira, Fidel Castro et Matthews, un journaliste du New-York Times. Si vous ne connaissiez son visage, sa voix nous est familière puisqu’il la prête depuis de nombreuses années au cinéma américain (Robert de Niro, Mel Gibson et tout récemment Tom Béranger dans Inception de Christopher Nolan). Ce comédien est absolument fascinant et Gérard Gelas prouve une fois encore qu’il est un excellent directeur d’acteurs. Si la jeune Alice Belaïdi a obtenu le prix du Syndicat de la critique et le Molière de la révélation théâtrale  féminine pour Confidences à Allha, ne doutons pas qu’à son tour, Jacques Frantz pourrait recevoir une juste récompense.  Le Crépuscule du Che fut véritablement l’un de nos coups de cœur de la dernière édition du Festival d’Avignon Off, nous nous réjouissons de l’arrivée à Paris de ce petit chef d’œuvre où texte, jeu et mise en scène concourent d’intelligence !

Angélique Lagarde

Théâtre du Petit Montparnasse
31, rue de la Gaîté
75014 Paris
Métro : Gaîté ou Edgar Quinet
Réservations au 01 43 22 77 74
Site : www.petitmontparnasse.com

Repères biographiques :

Pour comprendre le feu qui animait Ernesto Che Guevara revenons brièvement sur son parcours. Destiné à une brillante carrière de médecin, le désir de ce jeune humaniste est de connaître le monde au sens socratique du terme. Il parcourt l’Amérique Latine pour comprendre ce qui anime les hommes. A l’issue de son voyage, il est pris d’un irrépressible besoin de soigner non plus le corps mais les états dirigeants, des états malades, dictatoriaux pour qui selon lui le remède est à puiser dans le marxisme-léninisme. C’est à Cuba qu’il fait la connaissance de Fidel Castro et très vite enjoint son groupe révolutionnaire, le mouvement du 26 juillet. Devenu « El Commandante », il enseigne les bases du socialisme à ses troupes. Batista est renversé en 1959 au bout de deux ans de lutte acharnée, il semble alors légitime à Fidel Castro de proposer un poste de ministre à celui qui a mené à ses côtés la guérilla internationaliste cubaine. Il accepte la fonction jusqu’à ce qu’il ne puisse plus résister à son besoin d’agir sur le terrain et décide en 1965 de partir mener une révolution au Congo et de prendre part à la lutte contre l’exploitation du tiers-monde. C’est un échec cuisant. Il rentre en Amérique latine et décide alors de s’opposer à la dictature militaire du Général René Barrientos en Bolivie. Cette nuit d’octobre 1967, il est arrêté puis exécuté vraisemblablement sous la décision conjointe de l’armée locale et de la CIA.

A voir ou à revoir…

Carnets de voyage de Walter Salles (2003) avec Gael García Bernal la brillante adaptation cinématographique du livre Sur la route avec Che Guevara, carnet de voyage d’Alberto Granado, compagnon du voyage de jeunesse du Che en Amérique latine
The Argentine et Guerilla, diptyque de Steven Soderbergh (2008) avec Benicio del Toro

 

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