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Alice Belaïdi – Molière de la Révélation théâtrale féminine – Rencontre en coulisses

Posté par angelique lagarde le 30 novembre 2009

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Alice Belaïdi © Manuel Pascual

De l’enfant prodige à la femme

Alice Belaïdi, au sortir de scène, accepte de prendre un petit moment avec nous, hors du tumulte du Festival d’Avignon. Nous sommes sur la terrasse ombragée du Théâtre du Chêne Noir où a été créé Confidences à Allah dans la mise en scène du maître des lieux, Gérard Gelas. Depuis, le succès du spectacle se poursuit. De nouveau programmé à Paris, du 1er décembre 2009 au 17 janvier 2010 au Théâtre de la Gaîté Montparnasse, il  lui vaut aujourd’hui le Molière de la révélation théâtrale féminine. 

Kourandart : Nous sommes au Théâtre du Chêne Noir où vous jouez Confidences à Allah dans la mise en scène de Gérard Gelas. Vous reprenez donc la pièce dans son lieu de création après son immense succès parisien la saison dernière au Petit Montparnasse. Ce qui est fantastique, c’est de savoir que vous avez appris le métier ici, et très jeune en l’occurrence…

Alice Belaïdi : Oui, j’ai commencé dans les ateliers amateurs du Théâtre du Chêne Noir animés par Raymond Vinciguerra et je me suis vraiment régalée. On faisait des spectacles de fin d’année et c’est comme ça que Gérard Gelas, le metteur en scène et directeur de ce lieu m’a plus ou moins repérée. J’avais presque douze ans quand il m’a dit : « Peut-être qu’un jour, on travaillera ensemble ». Donc, c’était resté dans un coin de tête et quand j’ai eu quinze ans, il m’a proposé de jouer Mireille de Frédéric Mistral. On a beaucoup tourné, puis on a ensuite créé d’autres spectacles ensemble, donc j’ai pu vraiment apprendre mon métier sur la scène.

KA : Comédienne professionnelle depuis l’âge de quinze ans, avez-vous tout de même poursuivi des études en parallèle ?

A.B : C’est une longue histoire, mais non je n’étais pas vraiment scolaire. J’ ai profité de cette expérience et très vite, j’ai senti que ça me plaisait, que j’avais envie d’aller un petit peu plus loin pour voir si j’étais véritablement faite pour ça. Et puis, j’ai eu la chance d’avoir des parents qui mont permis de le faire, qui ont eu confiance en moi…

KA : Il semble qu’ils ne se soient pas trompés…Vous venez de recevoir le prix de la révélation théâtrale de l’année 2009 décerné par le Syndicat Professionnel de la Critique pour votre interprétation de Jbara.

A.B : Oui, c’est mon premier diplôme, ils étaient très contents ! (rires).

KA : Comment Gérard Gelas vous a-t-il fait aborder ce rôle ?

A.B : En fait, c’est vraiment par la création que j’ai appris à travailler avec Gérard Gelas. Aujourd’hui, on se connaît très bien et pour Confidences à Allah, il est vrai qu’il m’a laissé beaucoup de liberté sur scène et je crois que dans un solo comme ça, il est important de s’approprier vraiment le texte, l’espace et la scénographie. Le travail a finalement été très simple, nous avons très peu parlé de la psychologie du personnage, nous n’avons pas fait du tout de travail à la table, nous n’avons même pas fait de lecture me semble-t-il. Je crois que nous sommes montés sur scène tout de suite, c’était vraiment un travail instinctif.

KA : Quel est l’historique ? Comment ce texte lui est-il parvenu ?

A.B : Il a, par hasard, offert le livre à un ami, puis celui-ci en retour a dit à Gérard de le lire à tout prix. Il l’a lu et il se trouve qu’il n’avait pas de spectacle précis en tête pour le Festival d’Avignon 2008 et c’est comme ça qu’il a décidé de le monter. On s’était dit quelques mois avant qu’on allait arrêter un peu de travailler ensemble puis en fait, il n’a pas pu s’empêcher de me le proposer et il a très bien fait ! J’ai donc lu le texte et j’ai accepté, j’ai complètement flashé dès la première lecture du roman! Je trouve qu’en plus, il en a fait une très belle adaptation.

KA : Comment avez-vous appréhendé ce plaidoyer très rude sur la condition de la femme ?

A.B : Etonnamment, cela n’a été dur, ni d’apprendre ce texte, ni de me l’approprier, je pensais que ce serait plus difficile que ça. Il y a des mots très crus parce qu’il traite de situations vraiment particulières. Mais, je crois que la sincérité de ce personnage est telle, qu’il n’y a tellement pas d’hypocrisie dans ce qui est dit, qu’au final, c’est facile à raconter parce que c’est la réalité. Parfois, au théâtre, on met de la poésie là où elle n’a pas forcément lieu d’être. Ici, quand il y a de la poésie, elle est là parce qu’il faut qu’elle soit là et parfois, il n’y en a vraiment pas parce qu’elle n’a pas du tout sa place. Bizarrement, donc non, ce n’est pas un texte très difficile, enfin je veux dire, pour moi. Je crois que ma personnalité, ce que je suis, mon histoire aussi, font que j’ai eu très envie de le jouer, de le faire découvrir.

KA : Il fait écho par rapport à votre histoire personnelle ?

A.B : Il ne le fait pas directement parce que je suis née en France, j’ai grandi dans une famille en Avignon, j’ai été chérie par mes parents, donc, bien entendu, je n’ai pas le même passif que Jbara, mais cela me touche autrement. Je suis déçue par l’hypocrisie ambiante au Maghreb à propos de la prostitution, du statut des femmes, des filles-mères… Et j’ai l’impression que ça me concerne malgré tout, peut-être parce que mon père est algérien, mais peut-être pas. Peut-être que d’autres femmes d’origine maghrébine ou autre, voire même totalement française, en supposant que ça existe, ont été autant touchées que moi, enfin je l’espère. Je crois que c’est assez universel comme sujet, c’est un peu idiot, on dit ça pour beaucoup de choses, mais là, ça l’est véritablement !

KA : Ce qui est absolument bouleversant, c’est ce moment où l’on comprend qu’elle va devoir faire le pire des choix pour une mère, simplement parce qu’elle ne sait pas qu’il existe des institutions, des associations qui peuvent lui venir en aide…

A.B : Je crois que ce texte parle avant tout de la misère et du manque d’éducation, cause de cette misère présente à tous les nivaux, dans la sexualité, dans la religion, entre ces êtres humains qui ne se parlent pas, qui se crachent dessus. C’est parce qu’il n’y a pas d’éducation que cette misère existe. Ce personnage ne sait pas lire. Par exemple, quand elle parle du Coran, c’est celui qu’on lui raconte, elle n’ouvrira jamais le Coran pour le lire. L’illettrisme, c’est un énorme problème. Ce texte prouve la nécessité de l’éducation. Quand Jbara commence à apprendre à lire, elle s’ouvre au monde et elle découvre des choses qu’elle ne connaissait pas.

KA : Pensez-vous qu’il serait possible de donner ce spectacle sur une scène maghrébine ?

A. B : Bien entendu, l’envie est là, mais je ne sais pas si on pourrait le donner de la même façon qu’en France. Il faut aussi se mettre dans le contexte du pays. J’aimerais qu’on puisse le faire, mais pour le moment les retours qu’on a eus à ce propos n’étaient pas forcément très optimistes, je crois qu’il faudrait bouger deux ou trois choses dans le spectacle et il est vrai que parler là-bas de ces sujets qui ne sont malheureusement pas suffisamment abordés, c’est peut-être un peu violent…

KA : Et en France, avez-vous eu des publics un peu plus « ciblés » ?

A. B : Oui, on a eu un certain nombre de jeunes de quartiers qui sont venus, ce qui n’est tout de même pas si courant que ça au théâtre, surtout quand on considère le coût qu’implique le déplacement plus le prix du billet. Beaucoup se sont déplacés de banlieue quand on a joué à Paris, des jeunes femmes voilées notamment et l’échange a été très riche. Ça m’intéresse vraiment d’avoir ce type de public dans la salle, ces jeunes à qui l’on n’offre pas assez la possibilité d’aller au théâtre. Au collège, au lycée, on nous propose des classiques, c’est important cette base, mais il faut aussi proposer autre chose de plus ancré dans notre réalité. Même en Avignon, sur ce festival qui a une réputation plutôt élitiste, le public est mélangé et on est très content de ça !

KA : Comment est-ce que vous appréhendiez le Festival d’Avignon?

A.B : Plutôt sereinement, c’est mon cinquième cette année, et puis c’est un petit peu ma maison le Théâtre du Chêne Noir. Confidences à Allah, c’est une belle vitrine pour moi et je sais que j’ai une histoire à vivre avec le théâtre qui ne fait que commencer…

KA : Nous allons finir sur une série de courtes questions auxquelles je vous laisse me répondre de manière spontanée.

A. B: Je suis prête.

KA : Il y a-t-il un espace de création qui vous inspire particulièrement ?

A.B : Je n’y ai encore jamais joué, mais la Cour d’Honneur du Palais des Papes m’inspire totalement ! (rires)

KA : Quelle partie du corps ou de l’âme du comédien vous interpelle le plus ?

A.B : Le visage. Quand on est comédien, on se rend vraiment compte qu’il est composé de dizaines de muscles !

KA : Avez-vous un modèle ?

A.B : Je suis fascinée par Vincent Cassel depuis petite. La haine est un film qui m’a profondément ébranlée. J’adore ce comédien, s’il lit cet entretien, qu’il sache que j’adorerais jouer avec lui !

KA : Avez-vous des obsessions et si oui, comment nourrissent-elles votre travail ?

A.B : Je n’ai pas vraiment d’obsession, mis à part le moment où je me maquille, je respecte un ordre particulier, c’est mon rituel qui m’aide à la concentration, mais sinon je ne suis pas superstitieuse.

KA : Quelle serait votre idée de la consécration artistique ? Le plus important ce serait la reconnaissance du public ou celle de vos pairs ?

A.B : Les deux sont importantes, bien sûr que la reconnaissance des gens du métier qu’on admire fait partie de celles qui comptent, mais même si c’est un peu idiot, j’avoue que le fait de rendre mes parents fiers est une chose qui compte énormément pour moi et j’espère que dans dix ans, je répondrais la même chose !

KA : Pour conclure, que peut-on vous souhaiter ?

A.B : De pouvoir vivre de ma passion longtemps et continuer à rêver !

Propos recueillis par Angélique Lagarde

Lire la critique de Christine Sanchez de Confidences à Allah

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