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Oblomov au Vieux-Colombier Comédie-Française par Marie-Laure Atinault

Posté par angelique lagarde le 1 juin 2013

Oblomov au Vieux-Colombier Comédie-Française par Marie-Laure Atinault dans Spectacles oblomov_162_brigitteenguerand-300x197

Oblomov © Brigitte Enguérand / collection Comédie-Française

Oblomov
D’Ivan Alexandrovitch Gontcharov
Traduction d’André Markowicz
Adaptation et mise en scène de Volodia Serre
Avec Yves Gasc, Céline Samie, Guillaume Gallienne, Nicolas Lormeau, Marie-Sophie Ferdane et Sébastien Pouderoux.
Au Vieux-Colombier Comédie-Française jusqu’au 9 juin 2013

Quelle était douce la vie à Oblomovka !

Oblomov ou le tour du monde au creux d’un canapé, tel pourrait être le sous titre de cette pièce avec l’un de nos plus grands comédiens, Guillaume Gallienne ! Vivre à Saint Petersbourg est un rêve pour des millions de Russes en 1859, avec ses restaurants, ses théâtres, sa brillante société. Pour tous les Russes, sauf pour Ilia Ilitch Oblomov. Son univers se réduit à cette pièce plongée dans l’obscurité, dans le petit appartement qu’il partage avec son vieux domestique Zakhar Trofimovitch (Yves Gasc).

Emmitouflé dans sa vieille robe de chambre, véritable armure qui devrait le protéger des agressions extérieures, il se retire sur un canapé, s’y love, comme un enfant qui se refugie dans le giron maternel. Il ne voit rien, n’entend rien. Avec lui ce qui peut être remis au lendemain est remis à jamais. Son logis est tenu tant que mal et plutôt mal par son vieux domestique qui se désole de voir son maître négliger ses affaires. Pourtant Oblomov est un homme instruit, intelligent, qui autrefois était un fier camarade. Il garde des amis, certains sont pour lui des intrus qui le dérangent en pleine prostration, d’autres arrivant à le sortir de cette léthargie qui pourrait être suicidaire. Et puis un jour, Oblomov se réveille de cette hibernation perpétuelle en rencontrant Olga. La jeune femme  serait-elle « le Prince » du conte qui vient réveiller Le bel au bois dormant ? Va-elle arriver à le tenir éveillé ?

Oblomov est un roman d’Ivan Alexandrovitch Gontcharov (1812-1891) considéré comme l’un des pères du nouveau roman russe. Dans son roman écrit en 1859, il crée un personnage qui est un anti-héros, son apathie pétrit de mélancolie, d’attentisme et paresse fait de lui un précurseur de la procrastination. Oblomov est passé dans le langage courant devenant Oblomovisme afin d’exprimer cet état de langueur. Nous sommes dans une époque charnière, l’abolition du servage va changer la société et l’aristocratie va vivre la fin d’une époque dorée.

Volodia Serre est passionné par l’histoire de la Russie. Qu’il monte Le Suicidé de Nicolaï Erdman ou les Trois Sœurs, il s’attache toujours à cerner le texte de l’intérieur et non pas en russifiant ses mise en scène ; il ne sombre pas dans une certaine caricature de la Sainte Russie. Oblomov est recroquevillé sur une méridienne trop petite pour lui. Cet aristocrate oisif et cultivé sait fort bien qu’il n’agit pas comme il devrait. Il sait qu’il devrait s’occuper de son domaine, répondre à des lettres importantes, entretenir ses relations. Au fond de lu, il a un marécage de mauvaise conscience. Il préfère les rêves à la réalité tellement vulgaire, finalement Oblomov est un épicurien de la mauvaise foi. Lorsqu’Alexeïev (Nicolas Lormeau) vient le voir, il est importuné par cette visite, même si le pauvre est venu avec des douceurs comme s’il voulait amadouer cet ours en hivernation constante. Volodia Serre a réduit au minimum les accessoires, les murs délabrés de l’appartement servent d’écran pour les songes d’Oblomov. Nous sommes d’habitude sceptique sur l’utilisation de la vidéo mais ici, elle est utilisée si justement, comme une chanson des temps passés.

Quel plaisir de revoir Yves Gasc, ce comédien au phrasé inimitable interprète le vieux domestique, il donne à son rôle une amplitude, une familiarité qui nous plonge d’emblée dans la sphère oblomovienne. Sébastien Pouderoux est l’ami que notre anti-héros admire pour sa détermination et son énergie, ce jeune comédien à la belle prestance est comme une tornade dans un salon. Il serait presque un pléonasme de dire que Guillaume Gallienne est un grand comédien. Dans toutes ses compositions, il arrive à dévoiler un nouveau pan de son immense talent. Sa palette est celle d’un peintre qui sait dessiner aussi bien le drame que la plus vive gaîté. Sa composition restera dans les annales. Oblomov est l’un des grands spectacles de l’année, fruit de cette saison exceptionnelle que nous a proposé le Vieux-Colombier.

Marie Laure Atinault

Vieux-Colombier, Comédie-Française

21 rue du Vieux Colombier
75006 Paris
Réservations au 01 44 39 87 00

Une Réponse à “Oblomov au Vieux-Colombier Comédie-Française par Marie-Laure Atinault”

  1. Nicolas R dit :

    Un pur bonheur que cette pièce que j’ai pu découvrir grâce à Kourandart.

    Guillaume Gallienne est incroyable a la fois dans cet éternel paresseux mais aussi dans l’Oblomov renaissant qui nous offre une scène romantique sur un arbre d’une rare emotion.

    Vraiment, je me lève pour Oblomov !!!

 

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