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L’opéra de quat’sous de Bertold Brecht au Théâtre du Peuple-Maurice Pottecher à Bussang par Marie-Laure Atinault

Posté par angelique lagarde le 12 août 2015

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L’opéra de quat’sous © Jean-Jacques Utz

L’opéra de quat’sous 
De Brecht
Musique de Kurt Weill
Mise en scène de Vincent Goethals
Chef d’orchestre : Gabriel Mattei
Avec Frédéric Cherbœuf, Valérie Dablemont, Alain Eloy, Mélanie Moussay, Marc Schapira, Gabriel Mattei à l’accordéon, Henri Deléger à la trompette, Camille Gueirard au violoncelle et 12 comédiens amateurs
Au Théâtre du Peuple-Maurice Pottecher à Bussang pour les 120 ans (1895-2015)
Estivales 2015 année Pottecher // année Allemande du 11 juillet au 23 août

Le Théâtre du Peuple fête ses 120 ans !

Quel bel anniversaire Vincent Goethals a concocté pour le Théâtre du Peuple à Bussang ! L’affiche de cette édition 2015 est une réussite et une riche programmation attend les spectateurs : en matinée trois pièces courtes en alternance, Un d’eux, nommé Jean d’après les lettres de Jean et Maurice Pottecher, Récital à deux sous sur les musiques de Kurt Weill notamment et Contes Sauvages du théâtre d’objets pour les petits, l’après-midi Intrigue et Amour de Friedrich von Schiller et le soir L’opéra de quat’sous de Bertolt Brecht. Un programme alléchant pour passer un long week-end dans cette petite ville accueillante et se perde entre deux spectacles dans les forêts environnantes. Si chaque manifestation saura vous réjouir, nous avons choisi de vous présenter particulièrement le spectacle phare de cette édition, L’opéra de quat’sous de Bertolt Brecht dans la mise en scène du maître des lieux Vincent Goethals.

Le Théâtre du Peuple à Bussang mérite un petit point historique pour ceux qui ne connaissent pas ce petit joyau niché dans les Vosges au pied du Ballon d’Alsace. En 1867 naît Maurice Pottecher. Son père a une usine de couvert en fer à Bussang. Il fait ses études à Paris.  Maurice aime écrire des poèmes, des pièces. Il fréquente la fine fleur du monde littéraire de l’époque. Maurice Pottecher revient régulièrement à Bussang. Il prend conscience du monde qui sépare Paris et Bussang.

Maurice Pottecher voulait un théâtre qui ne soit pas réservé aux instruits, ni aux nantis. Au-dessus de la scène on peut lire de part et d’autre, une véritable profession de foi : « Par l’Art, pour l’humanité ». En 1895, il monte une pièce qu’il a écrite spécialement pour Bussang Le diable marchand de goutte dans laquelle il puise dans les légendes, dans l’histoire de la région. En somme, il fait une pièce qui parle aux villageois. Pour jouer son spectacle, il réunit ses amis, parents, villageois et ouvriers de l’entreprise paternelle. Il réinvente le théâtre de tréteaux façon vosgien. Chaque année, Maurice écrira une pièce spécialement pour ce rendez vous de plus en plus attendu. Les spectateurs ne sont plus seulement les bussenets. Petit à petit le Théâtre du Peuple voit le jour : un bel édifice en bois, dont la spécificité est le fond de scène qui s’ouvre sur la forêt, ce dispositif et la présence de comédiens amateurs sont désormais dans le cahier des charges du théâtre.

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Maurice Pottecher © DR

Pour ces Estivales 2015 année Pottecher // année Allemande, le maître des lieux, Vincent Goethalsn a choisi de mettre en scène L’opéra de quat’sous de Bertolt Brecht sur la musique de Kurt Weill. Londres, Soho. Dans ce quartier de la capitale de la perfide Albion, il faut faire attention à sa montre, à sa vie. Le vénérable Jonathan Jeremiah Peachum et sa femme Célia sont en réalité des gredins de la pire espèce. Ils ont une petite entreprise, fort prospère, avec des faux mendiants qu’ils envoient détrousser les braves gens.

La bête noire de Peachum est Macheath, dit Mackie le surineur. Il dirige une bande de truands décérébrés, et passe son temps à séduire les jeunes filles. Aujourd’hui, justement, il doit se marier avec Polly Peachum. Cette dernière met très en colère ses parents, accablés par cette mésalliance. Dans les bas-fonds de Soho, la morale est mise à mal, un chef de la police qui est l’ami intime de Mackie, un pasteur pas très catholique et complice, des putes bavardes et des maîtresses jalouses et rancunières. Une vraie cour des miracles.

Bertolt Brecht s’est inspiré de The Beggar’s Opera de John Gay (1728), cet opéra des gueux l’inspire. Mais si Brecht situe l’intrigue en Angleterre au début du XXème siècle, l’auteur parle bien de l’Allemagne de 1928 et de la République de Weimar dont il dénonce les dérives. Tel Mackie le surineur, il désosse les travers de la société capitaliste avec précision et  jubilation. Son verbe est précis, parfois cru, le ton satirique est féroce. La musique de Kurt Weill est indissociable au succès de la pièce. En 1928, cette musique est complètement novatrice. Weill mélange des influences disparates, le jazz, la musique de cabaret, la rythmique des chansons populaires. Le résultat est une tonalité à nulle autre pareille. Il suffit des premières mesures de la complainte de Mackie, pour que l’on reconnaisse et chantonne la musique de Kurt Weill. Ses refrains sont entêtants, et inoubliables.

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L’opéra de quat’ sous © Jean-Jacques Utz

Souvent montée, la pièce est néanmoins difficile à mettre en scène. Il faut concilier jeu et chant. La chose n’est pas si aisée et Vincent Goethals souligne fort justement le problème de trouver des comédiens qui manient à la fois l’art du jeu et l’art lyrique. Deuxième difficulté, faut-il situer L’Opéra de quat’sous à l’époque de sa création 1928, ou à l’époque de l’anecdote 1900, ou bien l’actualiser ? Vincent Goethals a choisit l’option Kubrickienne d’Orange mécanique, c’est-à-dire celle d’une Angleterre futuriste, violente sans concession où les tenants de l’ordre utilisent des méthodes de défense proche du nazisme pour punir des voyous dont la férocité fait froid dans le dos. Choix judicieux qui nous permet une analyse pertinente sur la répression, sur les connexions entre le pouvoir et la « voyoucratie ». Les costumes de Dominique Louis sont d’une grande justesse, et rendent bien compte du phénomène qui veut que quoique l’on fasse, on porte toujours l’uniforme de sa fonction ou de son milieu social.

Le rôle de Mackie est le pivot de l’œuvre, le choix du comédien est donc primordial. Avec Frédéric Cherbœuf, le pari est gagné. Il conjugue le charme indispensable au personnage, grand séducteur devant le diable, le coté filou coquin de ce voleur sans scrupule. En revanche, le parti pris d’Alain Eloy qui interprète Peachum, de parler avec une voix cassée à la limite du caricaturale devient vite exaspérant. Mais lorsqu’il chante, et fort bien en l’occurrence, nous sommes presque prêt à lui pardonner ses outrances. Marc Schapira est Tigger Brown, le chef de la police, le meilleur ami de Mackie. Remarquable comme toujours, il donne une étoffe à son personnage, un relief formidable. Le duo des deux complices Le chant des canons est l’un  des grands moments de ce spectacle haut en couleurs. Mélanie Moussay en honorable Madame Peachum et l’épatante Anne Frèches, Lucy, tiennent la dragée haute à ces messieurs.

Les musiciens sont présents sur scène et accompagnent les comédiens plus qu’un accompagnement ils jouent en symbiose parfaite sous la houlette souriante de Gabriel Mattei. Le public est ravi. La chanson de l’été à Bussang cette année est définitivement La complainte de Mackie !

Marie-Laure Atinault

Théâtre du Peuple-Maurice Pottecher
40, rue du Théâtre du Peuple
88540 Bussang
Réservations au 03 29 61 50 48

 

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