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Dieu qu’ils étaient lourds – Louis-Ferdinand Céline à la Reine Blanche par Angélique Lagarde

Posté par angelique lagarde le 1 décembre 2014

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Dieu qu’ils étaient lourds © Pierric Maelstaff

Dieu qu’ils étaient lourds
Rencontre théâtrale et littéraire avec Louis-Ferdinand Céline © Editions Gallimard
Conception, adaptation et mise en scène de Ludovic Longelin
Avec Marc-Henri Lamande
Et en alternance dans le rôle du journaliste, Ludovic Longelin ou Régis Bourgade
Voix off : Véronique Rivière
A la Reine Blanche

4 x 2 invitations par représentations du mercredi 3 au dimanche 7 décembre à 21h pour les membres privilège voir la page Invitations et bons plans/ newsletter 

Le paradoxe de l’abject génie

Ludovic Longelin s’est lancé dans un exercice délicat, voire périlleux : comment traduire sur scène les dires de l’effroyable Louis-Ferdinand Céline, génie littéraire et entre autres controverses, antisémite notoire. L’intelligence de ce spectacle est de se baser sur les entretiens qu’a donnés Céline sans jamais verser dans l’interprétation, que ce soit dans la mise en scène ou le jeu remarquable de Marc-Henri Lamande. Dieu qu'ils étaient lourds - Louis-Ferdinand Céline à la Reine Blanche par Angélique Lagarde dans Spectacles trans

A sa création, l’ironie de l’agencement des lieux a voulu que le spectacle soit proposé dans la petite salle tout en haut du Théâtre du Lucernaire, le Paradis… L’escalier en colimaçon aux marches grinçantes nous préparant à l’épreuve célinienne, à prendre le temps d’une représentation le rôle du juste qui acceptera d’entendre la vérité d’un génie obscène.  Hormis l’escalier, au Sel le dispositif est le même : Entouré de deux micros sur pieds, planté au milieu de la salle sur un fauteuil aux allures de chaise électrique, Céline nous attend, le Voyage au bout de la nuit peut commencer.

L’enfance de Céline se résumerait entre peur et frustration, peur de l’odeur qui pourrait abîmer la dentelle que travaille sa mère et frustration d’avoir un père rédacteur certes, mais pour une compagnie d’assurance. Volontaire lors de la Grande Guerre, il en revient blessé et donc réformé puis s’engage alors dans une carrière médicale. Toute l’ambiguïté du personnage repose sur cette double capacité à soigner et haïr son prochain. Il assume pleinement ses travers, sa misogynie, son racisme, son collaborationnisme et surtout son antisémitisme dans ses pamphlets Bagatelles pour un massacre et L’école des cadavres. Evidemment, lorsque la Seconde Guerre Mondiale prend fin, il le paie, d’exil et de prison, mais jusque dans ces dernières déclarations, pas un soupçon de remords n’apparaît.

Ludovic Longelin a créé ce spectacle à partir d’extraits des Entretiens avec le Professeur Y, de Nord et de véritables entretiens journalistiques que Céline a donnés en fin de vie. Il en a extirpé le meilleur, « on a sorti l’homme de la poésie pour le faire entrer dans la dialectique » et le pire, « mystique oui, mais le bon Dieu ne s’intéresse pas aux choses qui m’intéressent ». La question récurrente du journaliste « pourquoi ne voulez-vous pas finir vos phrases ? » semble faire écho à cette heureuse impossibilité de dire l’horreur… La performance de Marc-Henri Lamande est remarquable, il est Céline, dans ses gestes, dans sa diction, le seul danger est qu’il ne soit pas suffisamment applaudi à sa juste valeur de comédien tant il est devenu à nos yeux le monstre célinien.

Le premier roman de Céline, Voyage au bout de la nuit, est de l’ordre du chef d’œuvre, il a créé un style littéraire, avec ces exclamations, ces suspensions, cet argot mêlé à un langage soutenu, cette facilité à disséquer la profondeur humaine. Il a influencé toute une génération d’écrivains allant de Charles Bukowski à Patrick Modiano en passant par Frédéric Dard. Comment peut-on produire de telles splendeurs littéraires et être un individu si abject ? La réussite de ce spectacle tient à ne jamais répondre à cette question pour nous donner à entendre la dichotomie absolue qui peut exister entre littérature et humanité.

Angélique Lagarde

La Reine Blanche
2 bis passage Ruelle
75018 Paris

 

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