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La nuit juste avant les forêts – Mise en scène de Patrice Chéreau avec Romain Duris par Edouard Brane

Posté par angelique lagarde le 25 janvier 2011

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Romain Duris dans La nuit juste avant les forêts © Pascal Victor/ArtcomArt

La nuit juste avant les forêts
De Bernard-Marie Koltès
Mise en scène dePatrice Chéreau et Thierry Thieû Niang
Avec Romain Duris
Au Théâtre de l’Atelier jusqu’au 12 mars

Du mercredi au samedi à 19h

Duris – Chéreau : la persécution continue dans La nuit juste avant les forêts

En 1977, Bernard-Marie Koltès écrit La nuit juste avant les forêts, un monologue d’une phrase clamée par un homme dont la mort est au bout du chemin. Trente-quatre ans après, Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang adaptent ce texte qui n’a pas pris une ride mais souffre de quelques répétitions. Romain Duris, pour qui c’est une première sur les planches, y passe son brevet haut la main. Etonnant.

Avec la carte blanche proposée par Le Louvre à Patrice Chéreau, le metteur en scène français est récemment allé sous tous les fronts : conférences, rétrospectives, expositions, mises en scène… Depuis le 2 novembre dernier, c’est un festival Chéreau qui nous est offert. Intitulé par lui-même Les visages et les corps, jamais une manifestation n’aura aussi bien porté son nom. Car Chéreau est avant tout un homme qui aime sentir ses acteurs et les emmène dans un voyage au plus profond de leurs sentiments. Il en résulte chaque fois des spectacles intenses et profonds où l’homme est souvent réduit à un état animal. Il est alors question de dépendance et de survie jusqu’à ce que mort s’en suive. C’est d’ailleurs le point commun de ses récentes mises en scène que deux grands théâtres parisiens ont programmées : Rêve d’automne de Jon Fosse au Théâtre de la Ville et La nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès au Théâtre de l’Atelier. Deux textes puissants et contemporains qui, s’ils ne créent pas l’unanimité, ont le mérite de déranger et de bousculer.

Chéreau x 2

Châteauvallon, Valence, Nevers, le Louvre et maintenant le Théâtre de l’Atelier à Paris. Depuis juin 2010, Patrice Chéreau et Romain Duris se sont retrouvés après leur collaboration sur le film Persécution pour travailler sur La nuit juste avant les forêts de Koltès, un monologue qui semble avoir été écrit pour eux. Sur le papier, tous les éléments sont réunis pour rendre cette pièce détestable et si parisienne : un acteur « bankable » utilisé à contre-emploi, un texte dense sur les horreurs du monde, un théâtre dans un quartier branché et un décor dépoussiéré de tout objet encombrant. Pourtant, la sauce prend rapidement et n’énerve aucunement à la différence de Rêve d’Automne qui pouvait agacer par ses silences et ses dialogues en monosyllabes. Cette dernière pièce de Jon Fosse peut opérer cependant chez le spectateur quelques bouffées émotionnelles grâce à la justesse de ses acteurs (Valéria Bruni-Tedeschi étant tout à fait audible et Bull Ogier parfaite), un décor froid, imposant, ainsi qu’un jeu de mime sensoriel très opératique. Le rapprochement avec La nuit juste avant les forêts est d’autant plus facile à faire puisque dans les deux pièces, il est question de rencontres, de mort, de cimetière, de Sans Domicile Fixe et de chassés-croisés. Le texte de Koltès y est à ce titre parsemé et il est parfois difficile de garder pendant 1h30 toute son  attention mais le jeu et la voix inhabituelle de Romain Duris sont vaillamment là pour nous rappeler à l’ordre.

Chéreau – Duris

Tout commence en dehors de la salle de théâtre. Avant même d’entrer dans l’enceinte du lieu, vous êtes déjà dans la pièce. Votre déambulation dans le métro et dans la rue nocturne annonce autant de décors imaginaires que vous allez re-créer dans votre esprit tout au long de ce monologue. La preuve en est la présence de Romain Duris qui vous attend déjà sur son lit d’hôpital, semi-conscient, avant que les lumières ne s’éteignent. Vous entrez alors dans un voyage initiatique qui pourrait faire écho à celui d’Henri dans L’homme blessé, l’un des premiers films de Patrice Chéreau avec Jean-Hugues Anglade. On savait déjà ce film plus ou moins autobiographique. La pièce l’est-elle aussi pour Chéreau ? On se le demande plusieurs fois car cet homme dessiné par Koltès rappelle aussi le personnage de Romain Duris dans Persécution, œuvre injustement mal-aimée lors de sa sortie en salle. Si le film commençait par une magistrale scène d’humiliation dans le métro parisien, elle se prolonge ici dans un passage fragile et d’abaissement dont on ne peut sortir que par la mort. On comprend pourquoi Patrice Chéreau a choisi de concevoir cette mise en scène au côté du chorégraphe Thierry Thieû Niang qui, à eux deux, exorcisent Romain Duris… par le visage et par le corps.

Edouard Brane

Théâtre de l’Atelier
1, place Charles Dullin
75018 Paris
Réservations au 01 46 06 49 24
Site : www.theatre-atelier.com

 

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