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Nous sommes tous des dictaphones de François Chaffin au Théâtre de l’Opprimé par Angélique Lagarde

Posté par angelique lagarde le 14 décembre 2010

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Nous sommes tous des dictaphones © Ernesto Timor

Nous sommes tous des dictaphones
(Théâtre oratorio sur le thème des médias)
De François Chaffin

Compositeurs : Nicolas Verger et Olivier Métayer (groupe Appât 203)
Images vidéo : Murielle Félix
Avec Serge Barbagallo, Thierry Barthe, Julien Defaye, Violaine de Carné et Céline Liger.
Au Théâtre de l’Opprimé jusqu’au 19 décembre
Du mercredi au samedi à 20h30, le dimanche à 17h
Représentation supplémentaire le vendredi 17 décembre à 14h30

1 place achetée = 1 place offerte sur réservation au 01 43 45 81 20 de la part de Kourandart.
Valable dans la limite des places disponibles !

Téléspectateurs modestes et géniaux

Attention, les médias et la télévision en particulier peuvent abêtir. Certes le sujet est un peu galvaudé, mais si bien traité dans Nous sommes tous des dictaphones que nous vous conseillons cette petite piqûre de rappel dans une expression scénique intéressante. L’écriture de François Chaffin est fine, la création musicale inventive et la scénographie utilisant l’outil numérique est tout à fait pertinente.

« Avant les médias, il y avait une limite physique à l’espace qu’une personne pouvait occuper toute seule », François Chaffin tente de traduire sur scène cette sentence d’Andy Warhol. Comment s’explique cette omniprésence médiatique ? Comment dit-on trop en taisant le principal ? Comment nous donne-t-on beaucoup trop à voir en masquant l’essentiel ? Comment, petit à petit, la communication a remplacé l’information ? Cette proposition a l’intelligence de poser les bonnes questions et d’inviter à y réfléchir plutôt que d’apporter des réponses péremptoires.

D’entrée de jeu, nous sommes bombardés de sons et d’images, de dizaines de clichés, reportages, captations… d’une poignée de main historique ! Ce geste sera le fil conducteur du spectacle. Un téléspectateur reçoit toutes ces informations, il est le témoin « réel » de cette mascarade. Nous perçons son intimité au travers de bruitages en direct de l’homme dans sa salle de bain. Cette scène très drôle annonce la double lecture du propos. La chanson du dictaphone qui reviendra ponctuer la représentation se fait entendre pour la première fois. Un homme en peignoir blanc avec de ridicules petits chaussons fournis par l’hôtel commente les événements de sa suite. Il représente l’homme d’affaires qui dirige le monde avec ses quelques amis, Ernest-Antoine, Edouard et les autres, les actionnaires qui ont la mainmise sur la presse.

Revenons sur cette poignée de main. Comment traiter cette information ? La présentatrice est au bord de la crise de nerf, obsédée par LA bonne question « QQOCP ? », c’est du vocabulaire de marketing, entendez «  Qui, Quand, Où, Comment, Pourquoi ? ». Une seule solution : inventer ! Les mains deviennent alors celles d’Angelina Jolie et Brad Pitt et les téléspectateurs sont aux anges. C’est une « perle d’audience » ! Le secret de ce petit exercice médiatique nous est révélé au travers d’un brainstorming où une équipe de journalistes lance des concepts qui se transformeront en idées à projeter, «  nous avons la même voix pour parler du monde, délivrer le monde, le fabriquer ». Des formules ronronnent comme une litanie : «  information qualitative de manière à contribuer à la conscientisation »,  « réalité du contre-pouvoir », « pas de culturel, pas d’éducatif, pas de politique », « juste ce qu’ils doivent savoir »… Bien entendu, le couple journaliste – politique n’est pas épargné au travers d’une jubilatoire interview présidentielle. En contrepoint, une petite bulle de poésie éclate de façon récurrente, la correspondance de deux jeunes gens, chacun offrant à l’autre ce que ses yeux voient du monde. Ces lettres nous disent que peut-être la vérité est dans l’intime, que la vérité, c’est l’autre, la rencontre et non l’image.

François Chaffin s’est appuyé sur l’ouvrage de Pierre Bourdieu Sur la télévision dont l’empreinte est visible sur tout le spectacle, et indubitablement, ce fut un bon choix. Il ne s’agit pas ici de faire de la démagogie, mais simplement de focaliser sur certains aspects du pouvoir médiatique. Le public en prend plein les yeux, les oreilles et les neurones, jusqu’à saturation et en redemande car les comédiens sont tous très justes et la dérision adoucit la dénonciation !

Au sortir de la représentation, il est possible de ressentir l’irrépressible envie de relire Le tube de Chomsky ou Génération Spontanée de Christophe Ono-dit-Biot, surfer sur Rue 89, feuilleter Bakchich, trouver la date du prochain spectacle de Patrice Bigel, s’inscrire à l’Université Populaire de Michel Onfray ou écouter « Là-bas si j’y suis » pour rejoindre au plus vite les « Auditeurs Modestes et Géniaux » de Daniel Mermet ! Finalement, il n’y a peut-être pas que de mauvais médiateurs, il faut peut-être juste tendre un peu l’oreille… Le Théâtre de l’Opprimé est véritablement un lieu d’échange (Nous vous avions déjà conseillé l’excellent Festival Migractions), allez donc faire un tour rue du Charolais pour assouvir une fringale de réflexion dans une ambiance conviviale !

Angélique Lagarde

Théâtre de l’Opprimé

78 rue du Charolais
75012 Paris
Réservations au 01 43 40 44 44
Site : www.theatredelopprime.com

 

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