Agatha de Marguerite Duras – Mise en scène de Daniel Mesguich au Théâtre du Chêne Noir – Avignon Off – par Marie-Laure Atinault
Posté par angelique lagarde le 27 juillet 2010
Agatha © BM Palazon
Agatha
De Marguerite Duras
Mise en scène de Daniel Mesguich
Avec Sarah Mesguich, William Mesguich et Charlotte Popon.
Avignon Off – Théâtre du Chêne Noir du 7 au 30 juillet à 15H30
Les Mesguich jouent aux jeux interdits !
Daniel Mesguich met pour la première fois en scène une pièce de Marguerite Duras. Une rencontre inattendue qui ne laissera personne indifférent.
C’est une villa au bord de la mer. Elle s’appelle Agatha, comme la petite fille qui naîtra l’année suivant l’achat de cette maison par ses parents. Terrain de jeux aux recoins secrets, alcôves, baisers furtifs et piano sont les souvenirs nostalgiques que partagent un homme et une femme qui se retrouvent dans la villa désertée. La femme annonce son départ. L’homme refuse cette intolérable absence. Pourquoi veut-elle l’abandonner ? Ils sont frère et sœur mais également amants. Un amour interdit. Un amour fait de douleur et d’absolu. Jaloux l’un de l’autre. La jeune femme, Agatha, décide cette séparation qui sera un peu une ablation d’une partie de son âme.
Une mise en scène de Daniel Mesguich suscite toujours une attente particulière, d’autant plus qu’il monte pour la première fois un texte de Marguerite Duras. Duras c’est un ton, une musique entêtante, avec ses redites apparentes, ses circonvolutions qui dépassent le cercle précédent. Ses écrits évoquent des voilages au vent, des rizières, le bruit des vagues qui se cassent sur la digue. L’univers que nous donne à voir Daniel Mesguich est tout autre : un salon avec un vieux piano, une psyché au fond de la pièce et une vieille machine à écrire par terre. On imagine de lourdes tentures de velours poussiéreuses maintenues par des embrases en toiles d’araignées. L’atmosphère est plus proche Edgar Allan Poe ou de La Famille Adams que de India Song (film réalisé par Marguerite Duras).
Daniel Mesguich a choisi de confier à Sarah et William, ses enfants, les rôles d’Agatha et de l’homme. Ils ont une connivence naturelle, presque épidermique, mais ce choix peut créer un malaise, comme une gêne. William ressemble à un prince des dunes, on l’imagine auteur de roman policier, qui écrit inlassablement sur sa machine à écrire l’histoire d’une enfance rêvée loin de tous tabous. Sarah a le charme d’une femme entière, une héroïne de Walter Scott. Dans la mise en scène qui utilise le jeu des miroirs et des ombres, Daniel Mesguich a adjoint un double féminin qui accentue le désarroi de l’homme. La pièce est admirablement mise en lumière par Éric Pelladeau, maître des ombres. Certain amateurs de Duras ne trouveront peut-être pas leur compte avec cette vision très personnelle de l’œuvre mais le texte est absolument respecté. On ressent cette confusion des personnages qui les entrainent dans une houle plus forte que tout. Le spectacle a un véritable charme indéfinissable, on hésite entre envoûtement et malaise. Cette étonnante proposition est portée par la grâce lunaire de William et la luxuriante volupté de Sarah.
Marie-Laure Atinault
Théâtre du Chêne Noir
Direction Gérard Gelas
8 bis rue Sainte-Catherine
84000 Avignon
Réservations au 04 90 82 40 57
Site : www.chenenoir.fr











